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Full text of "Discours sur l'organisation des Gardes nationales /"

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SUR L ORGANISATION 


GARDES NATIONALES, 


Par Maximii.ien ROBESPIERRE, Membre 
de l’Assemblée Nationale. 


A PARIS, 

Chez BUISSON , libraire 4 rue Haujtefeuille J 





DISCOU RS 


SUR L’ORGANISATION 

DES 

GARDES NATIONALES. 

■ ' ' . ' * / 

— . 

MESSIEURS, 

V ou s êtes tous convaincus que , de toutes 
les institutions qui vous restent à former 9 
l’organisation des gardes nationales est celle 
qui doit avoir la plus puissante influence sur* 
le sort de la liberté et sur la stabilité de vo- 
tre ouvrage. Je me bâte donc d’en recher- 
cher les principes > sans en prouver l’impor- 
tance. 

Vous le savez ; toutes les institutions poli- 
tiques ne sont que des moyens de parvenir 
à un but utile à la société ; et , pour bien 
choisir et employer les moyens , il est tou-^f 
jours nécessaire, il suffit souvent de coiy 
Roître parfaitement le but et de ne le jam®^ 

A* 


J 


U.) 

perdre de vue. Examinons donc , ayant tout , 
quel est l’objet précis de l’institution des 
gardes nationales , quelle est la place qu’elles 
doivent tenir , quelle est la fonction qu’elles 
doivent remplir dans l’économie politique ; 
et toutes les réglés de leur organisation s’of- 
friront d’elles - mêmes à nous comme des 
conséquences palpables de ce principe. 

Ce seroit en vain que nous chercherions 
ici des autorités ou des exemples étrangers 
parfaitement analogues. L’idée de l’institu- 
tion des gardes nationales , du moins telle 
que nous la concevons , est neuve ; elle ap- 
partient à notre révolution ; elle fut presque 
également inconnue et aux peuples libres , 
et aux peuples subjugués par le despotisme. 
Chez les premiers , les citoyens , nés soldats 
pour défendre la patrie , s’arment dans les 
dangers qui la menacent , repoussent les 
invasions des ennemis du dehors , et rentrent 
dans leurs foyers où ils ne sont plus que des 
citoyens. Qu ant aux autres- (je parle des 
peuples modernes ) , ils entretiennent , ou. 
plutôt leurs monarques entretiennent, à leurs 
dépens, des corps de troupes permanens qu’ils 
emploient alternativement pour combattre 
feurs,. ennemis ^étrangers et pour enchaîner 




leurs sujets. Tel est l’ordre de choses que 
vous avez trouvé , parmi nous , 
mençant votre carrier^. Je ne vous rap- 
pellerai pas ce qu’il devoit vous, coûtei~ si , 
par un enchaînement extraordinaire (Tevé- 
nemens dont l’histoire du monde n’offre pas 
exemple , les .soldats du despo isme n’é- 
toient devenus tout-à-coup les soldats de 
liberté.... Les circonstances extérieure! qui 
vous environhoient vous ont déterminés à 
conserver une armée nombreuse $ur pied; 
vous l’avez laissée entre les mains du prince; 
mais en même-temps vous avez senti que 
cette force, dangereuse à la liberté, jugée 
par vous un mal nécessaire , exigeoit un 
‘puissant remède , et vous avez ap s 

.. J • j , ? •. , j ' 

gardes nationales..; ou plutôt , au premier 
* cri de la liberté naissante , tous les François 
ont pris les armes , et se sont ra 
taillé autour de son berceau ; et vous , con- 
yaih'cüs qu’il ne suffi s oit pas de créer fa 'li- 
berté, mais qu’il falloir la conserver , vous 
avez mis dès-lors au rang de vos premiers 
'devoirs le soin de consolider , par des loix 
sages , cette salutaire institution que les 
'premiers efforts du patriotisme avoient 
fondée. 

c 1 ■ : a n * 


(O 

Déjà ce simple historique nous môntre le 
véritable objet de l’établissement des gardes 
nationales ; et la nature de la chose nous le 
dit encore plus clairement. 

Les loix constitutionnelles tracent les 
réglés qu’il faut observer pour être libres ; 
£nais c’est la force publique qui nous rend 
libres de fait , en assurant l’exécution des 
loix. La plus inévitable de toutes les loix , 
la seule qui soit toujours sûre d’être obéie , 
c’est la loi de la force. L’homme armé est 
maître de celui qui ne l’est pas ; un grand 
corps armé, toujours subsistant au milieu 
d’un peuple sans armes , est nécessairement 
l’arbitre de sa destinée ; celui qui commande 
à ce corps, qui le fait mouvoir à son gré , 
pourra bientôt tout asservir. Plus la disci* 
pline sera sévere , plus le principe de l’q% 
béissance passive et de la subordination ab- 
solue sera rigoureusement maintenu ; plus 
le pouvoir de çe chef sera terrible ; car la 
mesure de sa force sera la force de tout le 
grand corps dont il est Famé ; et fût-il vrai 
qu’il ne voulût pas en abuser actuellement, 
pu que des circonstances extraordinaires em* 
pêchassent qu’il pût le vouloir impunément, 
il n’en est pas moins certain que, par- tout 
une semblable puissance existe sanf 


i 




(7 ) 

contrepoids , le peuple n’est pas libre J en 
dépit de toutes les loix/ constitutionnelles du 
monde ; car l’homme libre n’est pas celui qui 
n’est point actuellement opprimé ; c’est celui 
qui est garanti de l’oppression par une force 
constante et suffisante. 

Ainsi, toute nation qui yoit dans son sein 
une armée nombreuse et disciplinée aux 
ordres d’un monarque , et qui se croit libre , 
est insensée,si elle ne s’est environnée d’une 
sauve -garde puissante. Elle ne seroit pas 
justifiée par la prétendue nécessité d’opposer 
une force militaire égale à celle des nations* 
esclaves qui l’entourent. Qu’importe à des 
hommes généreux à quels tyrans ils seront 
soumis ? et vaut-il la peine de se donner tant 
de soins et de prodiguer tant de sang , pour 
conserver à un despote un immense domaine 
où il puisse paisiblement fouler aux pieds, 
plusieurs millions d’esclaves ? Je n’ai pas be- 
soin d’observer que le patriotisme généreux 
des soldats François ; que les droits qu’ils 
ont acquis, dans cette révolution, à la recon- 
naissance de la nation et de l’humanité en- 
tière, 11e changent rien à la vérité de ces prin- 
cipes ; on ne fait point des loix ; on ne fait 
point une constitution pour une circonstance 

A4 




f 8 ) 

^tpoiir un moment. La pensée du législateur 
embrasser l’avenir comme le présent, 
cette sauye - garde , ce contre - poids 
, quel est-il ? les gardes nationales. 

Poson&donc pour premier principe qu’elles 
doivent être organisées de maniéré qu’elles, 
metterit le pouvoir exécutif dans l’impuissan- 
ce de .tourner, contre la liberté publique, les 
forces immenses dont il est sans cesse armé. 

Mais ce ne sera point assez ; il faudra 
encore qu’elles ne puissent jamais elles- 
rnpmes opprimer la liberté , ni le pouvoir 
exécutif; puisque tant qu’il se renferme dans 
les bornes que la constitution lui prescrit, 
il est lui-même une portion des droits de 
la nation. 

Tel est le double objet que doit remplir 
la constitu ion des gardes nationales ; tel 
pst le double point de vue sous lequel nous 
allons la considérer. 

Le premier ne nous présente que des, 
idées infiniment simples. 

S’il est vra* que cette institution soit un 
remede contre le pouvoir exorbitant qu’une, 
année toujours sur pied donne à celui qui en 
dispose, ii s’ensuit qu’elles ne doivent point 



( 9 ) 

être constituées comme les troupes de ligne ; 
qu’elles ne doivent point être aux ordres du 
prince ; qu’il faut bannir de leur organisation 
tout ce qui pourroit les soumettre à son in- 
fluence ; puisqu’alors , loin de diminuer les 
dangers de sa puissance , cette institution les 
augmenteroit , et qu’au lieu de créer des 
soldats à la liberté et au peuple , elle ne 
feroit que donner de nouveaux auxiliaires à 
l’ambition du prince. 

De ce principe simple je tire les consé- 
quences suivantes > qui ne le sont pas 
moins. 

i°. Que le prince , ni aucune personne 
sur laquelle le prince a une influence spé- 
ciale , ne doit nommer les chefs ni les of- 
ficiers des gardes nationales. 

2 °. Que les chefs et les officiers des troupes 
de ligne ne peuvent être chefs ni officiers 
des gardes nationales. 

3°. Que le prince ne doit ni avancer , 
ni récompenser , ni punir les gardes na- 
tionales. Je .rappellerai à ce sujet que ce 
fut , de la part du dernier ministre, un trait 
de politique aussi adroit dans le système 
ministériel, que repréhensible dans les prin- 
cipes de notre constitution , d’avoir envoyé 



'(10 ) 

Ses croix de Saint-Louis aux gardes na- 
tionales de Metz qui assistèrent à la fatale 
expédition de Nanci. Ce procédé doit, 
au moins , avertir la vigilance et la sagesse 
de l’assemblée nationale , comme il a étonné 
tous les citoyens éclairés. Enfin , Messieurs, 
évitez soigneusement tout ce qui pourroit 
allumer dans l*ame des citoyens-soldats ce 
fanatisme servile et militaire , cet amour 
superstitieux de la faveur des cours , qui 
avilit les hommes au point de les porter à 
mettre leur gloire dans les titres mêmes de 
leur servitude ; déplorables effets de nos 
mœurs frivoles et de nos institutions ty- 
ranniques. 

L’évidente simplicité de ces idées me dis* 
pense de tout développement ; et je passe 
au second et au plus important des deux 
objets que j’ai annoncés : je veux dire à 
l’examen des moyens à employer pour que 
les gardes nationales ne puissent pas elles- 
xnêmés opprimer la liberté des citoyens. 

Tous ces moyens me semblent se rap- 
porter à un principe général ; c’est d’em- 
pêcher qu’elles forment un corps , et qu’elle» 
adoptent aucun esprit particulier qui res- 
semble à l’esprit de corps. 



( 11 ) 

Il est dans la nature des choses que tout 
corps , comme tout individu , ait une vo- 
lonté propre } différente de la volonté gé- 
nérale , et qu’il cherche à la faire dominer. 
Plus il est puissant , plus il a le sentiment 
de ses forces ; plus cette volonté est active 
et impérieuse. Songez combien l’esprit de 
despotisme et de domination est naturel 
aux militaires de tous les pays ; avec quelle 
facilité ils séparent la qualité de citoyen 
de celle de soldat , et mettent celle-ci au- 
dessus de l’autre. Redoutez sur-tout ce fu- 
neste penchant , chez une nation dont les 
préjugés ont attaché long-temps une con- 
sidération presqu’exclusive à la profession 
des armes ; puisque les peuples les plus 
graves n’ont pu s’en défendre. Voyez les 
citoyens romains commandés par César : 
si , dans un mécontentement réciproque , il 
cherche à les humilier , au lieu du nom de 
soldats, ii leur donne celui de citoyens , qui- 
ntes ; et à ce moi; ils rougissent et s’indignent. 

Un autre écueil pour le civisme des mi- 
litaires , c’est l’ascendant que prennent leurs 
chefs. La discipline amene l’habitude d’une 
prompte et entière soumission à leur vo- 
lonté j les caresses ; des vertus plus ou 



( 12 ) 

moins réelles la changent en dévouement 
et en fanatisme ; c’est ainsi que les soldats 
de la république deviennent les soldats de 
S y lia , de Pompée , de César , et ne sont 
plus que les aveugles instrumeus de la gran- 
deur de leurs généraux et de la servitude 
de leurs concitoyens. 

Il sera facile , parmi nous , de prévenir 
toutes ces especes d’inconvéniens. Rap- 
pellons-nous la distance énorme qui doit 


exister entre l’oraanisation d’un 


corps 


d’ar- 


mée destiné à faire la guerre aux ennemis 
du dehors , et celle des citoyens armés pour 
être prêts à défendre leurs loix et leur li- 
berté contre les usurpations du despotisme ; 
rappelions-nous que la continuité d’un ser- 
vice rigoureux, que la loi de l’obéissance 
aveugle et passive , qui change des soldats en 
des automates terribles , est incompatible 
avec la nature même de leurs devoirs , avec 
le patriotisme généreux et éclairé qui doit 
être leur premier mobile. Ne cherchez point 
à les conduire par le même esprit, ni à les 
mouvoir par les mêmes ressorts que vos 
troupes de ligne. Soit que, dans les com- 
me ncemeu s de la révolution , il ait été né- 
cessaire comme on Va dit , de leur donner 


(13) 

beaucoup cle ressemblance avec l’armée , 
soit que des motifs différens , ou seule- 
ment l’esprit d’imitation , aient multiplié 
ces états-majors, ces grades , ces déco- 
rations militaires , il me paroît certain que 
ce ne doit point être là l’état permanent 
des gardes nationales. 

Il faut sur-tout s’appliquer à confondre , 
chez elles , la qualité de soldat dans celle 
du citoyen : les distinctions militaires les 
séparent et les font ressortir. Réduisez le 
nombre des officiers à la stricte mesure de 
la nécessité. Gardez-vous sur-tout de créer, 
dans le sein de cette famille de freres con- 
fédérés pour la même cause , des corps 
d’élite , des troupes privilégiées , dont l’ins- 
titution est aussi inutile que contraire à 
l’objet des gardes nationales. 

Prenez d’autres précautions contre l’in- 
fluence des chefs. Que tous les officiers 
soient nommés pour un temps très-court : 
je ne voudrois pas qu’il excédât la durée 
de six mois. 

Que les comraandemens soient divisés de 
maniéré au moins qu’un seul chef ne puisse 
réunir plusieurs districts sous son autorité. 

Ajouter une disposition dont l’impor- 


s 





(H) 

tance est peut-être plus grande qtdelle rïè 
paroît au premier coup-d œil. On n’imagine 
pas aisément à quel point cet esprit de des- 
potisme militaire , que nous cherchons à 
éteindre , peut être fomenté par l’usage de 
porter continuellement les marques dis- 
tinctives du grade dont on est revêtu. En gé- 
néral , tout magistrat , tout fonctionnaire 
public, hors de l’exercice de ses fonctions , 
n’est qu’un simple citoyen. Les insignes qui 
rappellent son caractère ne lui sont donnés 
que pour le moment où il les remplit et 
pour la dignité du service public , et non 
pour sa décoration personnelle ; l’habitude 
de les étaler dans le commerce ordinaire 
de la vie peut donc être regardé , en quelque 
sorte , comme une espece d’usurpation , 
comme une véritable atteinte aux principes 
de l’égalité. Elle ne sert qu’à l’identifier, à 
ses propres yeux , avec son autorité ; et je 
ne crois pas m’éloigner beaucoup de la véri- 
té en disant que ces distinctions extérieures , 
qui poursuivent par - tout les hommes en 
place , n’oiit pas peu contribué à faire naître 
dans leurs âmes cet esprit d’orgueil et de 
vanité , et dans celles des simples citoyens, 
cette timidité rampante , cet empressement 



( 15 ) 

adulateur egalement incompatibles avec le 
caractère des hommes libres. A qui cette 
Vanité puérile convient-elle moins qu’aux 
chefs des citoyens-soldats ? Défenseurs de 
la liberté , vous ne regretterez pas ces ho- 
chets dont les monarques paient le dé- 
vouement aveugle de leurs courtisans. Le 
courage , les vertus des hommes libres , 
la cause sacrée pour laquelle vous êtes 
armés, voilà votre gloire, voilà vos or- 
nemens. 

Je n’ai pas dit que ces officiers dévoient 
être nommés par les citoyens, parce que 
cette vérité me paroissoit trop palpable* 
Aussi n’ai-je pu concevoir encore la raison 
qui avoit pu déterminer vos comités de cons» 
titution et militaire à vous proposer de les 
faire choisir moitié par les citoyens , moitié 
par les administrateurs du département. Ils 
sont sans doute partis d’un principe ; or , si 
ce principe exigeoit le choix du peuple > 
pourquoi le respecter en partie et le violer 
en partie ? ou pourquoi décider une question 
unique et simple par deux principes con- 
tradictoires ? N’est-il pas évident que l’exer- 
cice du droit d’élection appartient essen- 
tiellement au souverain ^ c’est-à-dire , au 


<ij») 

peuple ; qu’il ne peut être dévolu à des offi- 
ciers du peuple, dont l’autorité est circons- 
crite dans les bornes des affaires administra- 
tives ; qu’il est contradictoire de faire con- 
courir, avec le souverain iui-même, ses pro- 
pres délégués, pour'le choix de la même es- 
pece de fonctionnaires publics ? Quel avan- 
tage peut-on trouver à confier cette partie 
de sa puissance à un petit nombre d’admi- 
nistra eurs ? Ceux qui savent , au contraire , 
à quel point il est exposé au malheur d’être 
trahi ou aban donné par ceux qui exercent 
son autorité , par tous ceux qui ne sont pas 
lui , craindront que l’intervention de ces di- 
rectoires ne serve à donner aux gardes na- 
tionales des chefs ennemis de la cause popu- 
laire , propres à appesantir le joug iliilitaire 
sur les citoyens foibles , et à servir les inté- 
rêts de l’aristocratie , monstre qui existe 
sous plus d’une forme , que les ignorans 
croient mort, et q i est immortel. S’ils 
poussent encore plus loin leurs réflexions , 
ils craindront peut-être que ce système n’aille 
jusqu’à remettre bientôt une grande partie 
des forces nationales entre les mains du pou- 
voir exécutif, dont la destinée fut toujours de 
tout asservir et de tout corrompre. Ces in- 

convéniens 


( 1 ? ) 

convenions ont échappé sans dontc aux deux 
comités (1). Il me paroît qu’ils se sont en- 
core trompés en voulant étendre à deux 
années la durée des fonctions des officiers ; 
et que cette erreur , dangereuse sur- tout 
dans le système dont je viens de parler , est 
suffisamment réfutéè par les principes que 
nous avons établis. 

Au reste , quelqit’importanles que soient 
en elles-mêmes les dispositions que nous ve- 
nons d’indiquer , elles n’atteignent pas en- 
core le point capital de la grande question 
que nous devons résoudre ; et si j’avois du 
négliger quelqu’une des idées qu’elle semble 
offrir les premières à l’esprit , je les aurois 
laissées de côté pour aller droit au principe 
simple et fécond dont elles ne sont que des 
conséquences. 


(i) Je dois prévenir ici que depuis'qtve ce discours a 
été composé , cette disposition , qui avoir été lue à l’as- 
semblée par le rapporteur des comités , a été changée 
dans le rapport imprimé ; ils se contentent d’ex ger que 
les élections soient faites en présence des administrateurs^ 
ce qui ne me paroit encore qu’une formalité inutile, 
contraire aux principes et à la liberté des assemblées 
électives. 


B 



( iB ) 

Quoi que vous puissiez faire , les gardes 
nationales ne seront jamais ce qu’elles doi- 
vent être, si elles sont une classe de citoyens, 
une portion quelconque de la nation , quel- 
que considérable que vous la supposiez. 

Les gardes nationales ne peuvent être que 
la nation entière armée pour défendre , au 
besoin , ses droits ; il faut que tous les ci- 
toyens* en âge de porter les armes y soient 
admis sans aucune distinction. Sans cela , 
loin d’être les appuis de la liberté , elles en 
seront les fléaux nécessaires. Il faudra leur 
appliquer le principe que nous avons rap- 
pellé au coinmen cément de cette discussion , 
en parlant des troupes de ligne ; dans tout 
état où une partie de la nation est armée et 
l’autre ne l’est pas , la première est maitresse 
des destinées de la seconde ; tout pouvoir 
s’anéantit devant le sien ; d’autant plus re- 
doutable qu’elle sera plus nombreuse , cette 
portion privilégiée sera seule libre et sou- 
veraine ; le reste sera esclave. 

Etre armé pour sa défense personnelle 
est le droit de tout homme ; être armé 
pour défendre la liberté et l’existence de 
la commune patrie est le droit de tout 
citoyen. Ce droit est aussi sacré que celui 
de la défense naturelle et individuelle 


( *9 ) 

dont il est la conséquence , puisque l’intérêt 
et l’existence de la société sont composés 
des intérêts et des existences individuelles 
de ses membres. Dépouiller une portion 
quelconque des citoyens du droit de s’armer 
pour la patrie et en investir exclusivement 
l’autre , c’est donc violer à la fois et cette 
sainte égalité qui fait la base du pacte so- 
cial , et les loix les plus irréfragables et les 
plus sacrées de la nature. 

Mais remarquez je vous prie , que ce 
principe ne souffre aucune distinction entre 
ce que vous appeliez citoyens actifs et les 
autres. Que les représentais du peuple fran- 
çois aient cru , pendant quelque tems (1) , 
qu’il falloit interdire à tant de millions de 
françois tjui ne sont point assez riches 
pour payer une quantité d’impositions dé- 
terminée , le droit de paroître aux assem- 
blées où le peuple délibéré sur ses intérêts 
ou sur le choix de ses représentans et de ses 


(i) Je dis pendant quelque temps , parce que le décret 
du marc d’argent et ceux qui tiennent an même principe 
sont jugés depuis long-temps par l’assemblée nationale, 
qui ne se séparera pas sans avoir exaucé à cet égard le 
vœu de la nation. 


B a 




magistrats; je ne puis en ce moment que 
nie prescrire sur ces laits un silence reli- 
gieux : tout ce que je dois dire , c’est qu’il 
est impossible d’ajouter à la privation de 
ces droits la prohibition d’être] armés pour 
sa défense personnelle , ou pour celle de sa 
patrie ; c’est que ce droit est indépendant de 
tous les systèmes politiques qui classent les 
citoyens , parce qu’il tient essentiellement 
au droit inaltérable , au devoir immortel de 
•veiller à sa propre conservation. 

Si quelqu’un rn’objectoit qu’il faut avoir 
ou une telle espece, ou une telle étendue de 
propriété pour exercer ce droit, je ne dai- 
gnerois pas lui répondre. Eli ! que répon- 
drois-je à un esclave assez vil , ou à un tyran 
assez corrompu, pour croire que la vie, que 
la liberté , que tous les biens sacrés que la 
nature a départis au:t plus pauvres de tous 
les hommes ne sont pas des objets qui vail- 
lent la peine d’être défendus ? Que répon- 
drois-je à un sophiste assez absurde pour ne 
pas comprendre que ces superbes domaines, 
que ces fastueuses jouissances des riches , 
qui seules lui paroissent d’un grand prix , 
sont moins sacrées aux yeux des loix et de 
l’humanité que la plus chétive propriété mo- 
biliaire , que le plus modique salaire auquel 




( 21 ) 

est attachée la subsistance de l’homme mo- 
deste et laborieux ? 

Quelqu’un osera- t-il me dire que ces gens- 
là ne doivent pas être admis au nombre des 
défenseurs des loix et de la constitution , 
parce qu’ils n’ont point d’intérêt au main- 
tien des loix et de la constitution? Je le 
prierai , à mon tour , de répondre à ce di- 
lemme : ii ces- hommes ont intérêt au 
maintien des loix et de la constitution , ils 
ont droit r suivant vos principes mêmes 
d’être inscrits parmi les gardes nationales : 
s’ils n’y ont aucun intérêt , dites-moi donc 
ce que cela signifie , si ce n’est que les loix , 
que la constitution n’auroient pas été éta- 
blies pour l’intérêt général, mais pour l’a- 
vantage particulier d'une certaine classe 
d'hommes ; qu’elles ne seroient point la pro- 
priété commune de tous les membres de la 
société, mais le patrimoine des riches; ce 
qui seroit, vous en conviendrez sans doute , 
une supposition trop révoltante et trop ab- 
surde. Allons plus loin : ces mêmes hom- 
mes dont nous parlons sont-ils , suivant 
vous , des esclaves , des étrangers ? ou sont- 
ils citoyens ? Si ce sont des esclaves , des 
étrangers, il faut le déclarer avec franchisé* 

È3. 


( 22 ) 

et ne point chercher à déguiser cette idée 
sous des expressions nouvelles et assez obs- 
cures. Mais non ; ils sont en effet citoyens : 
les représentans du peuple François n’ont pas 
dépouillé de ce titre la très-grande majorité 
de leurs commettans ; car on sait que tous 
les François, sans aucune distinction de 
fortune ni de cotisation , ont concouru à 
l’élection des députés à l’assemblée natio- 
nale : ceux-ci n’ont pas pu tourner contre 
eux le même pouvoir qu’ils en avoient reçu, 
leur ravir les droits qu’ils étoient chargés 
de maintenir et d’affermir , et par cela même 
anéantir leur propre autorité , qui n’est autre 
que celle de leurs commettans : ils ne l’ont 
pas pu ; ils ne l’ont pas voulu , ils ne Font 
pas fait. Mais si ceux dont nous parlons 
sont en effet citoyens , il leur reste donc des * 
droits de cité, à moins que cette qualité ne 
soit un vain titre et une dérision. Or , parmi 
tous les droits dont elle rappelle l’idée , 
trouvez-m’en , si vous le pouvez , un seul 
qui y soit plus essentiellement attaché , qui 
soit plus nécessairement fondé sur les prin- 
cipes les plus inviolables de toute société 
humaine , que celui-ci : si vous le leur ôtez , 
trouvez-moi une seule raison de leur en con- 


( ri) 

server aucun autre. Il n’en est aucune. Re- 
connoissez donc comme le principe fonda- 
mental de l’organisation des gardes natio- 
nales , que tous les citoyens domiciliés ont 
le droit d’être admis au nombre des gardes 
nationales , et décrétez qu’ils pourront se 
faire inscrire comme tels dans les registres 
de la commune oh ils demeurent . 

C’est en vain qu’à ces droits inviolables 
on voudroit opposer de prétendus in- 
convéniens et de chimériques terreurs. 
Non , non ; l’ordre social ne peut être fondé 
sur la violation des droits imprescriptibles 
de l’homme , qui en sont les bases essentiel- 
les. Après avoir annoncé d’une maniéré si 
franche et si imposante , dans cette décla- 
ration immortelle où nous les avons retra- 
cés , qu’elle étoit mise à la tête de notre code 
constitutionnel , afin que les peuples fussent 
à portée de la comparer à chaque instant 
avec les principes inaltérables qu’elle ren- 
ferme , nous n’affecterons pas sans cesse 
d’en détourner nos regards sous de nouveaux 
prétextes , lorsqu’il s’agit de les appliquer 
aux droits de nos commettans et au bonheur 
de notre patrie. L’humanité , la justice , la 
morale ; voilà la politique , voilà la sagesse 

B 4 


( 24 ) 

des législateurs : tout le reste n’est que pré- 
jugés, ignorance, intrigue, mauvaise foi. 
Partisans de ces funestes systèmes , ces- 
sez de calomnier le peuple et de, blasphé- 
mer contre votre souverain, en le représen- 
tant sans cesse indigne de jouir de ses droits* 
méchant , barbare , corrompu ; c’est vous 
qui êtes injustes et corrompus ; ce sont les 
castes fortunées auxquelles vous voulez 
transférer sa puissance. C’est le peuple qui 
est bon , patient , généreux ; notre révolu- 
tion , les crimes de ses ennemis l’attestent : 
mille traits récens et héroïques, qui ne sont 
chez lui que naturels, en déposent. Le 
peuple ne demande que tranquillité, jus- 
tice , que le droit de vivre : les hommes 
puissans, les riches sont affamés de distinc- 
tions, de trésors, de voluptés. L’intérêt, le 
vœu du peuple est celui de la nature , de 
l’humanité ; c’est l’intérêt général. L’intérêt* 
le vœu des riches et des hommes puissans 
est celui de l’ambition , de l’orgueil , de la 
cupidité , des fantaisies les plus extravagant 
tes, des passions les plus funestes au bon- 
heur de la société. Les abus qui l’ont désolée 
furent toujours leur ouvrage : ils furent tou- 
jours les fléaux du peuple ^ Aussi, qui a fait 



( ^ ) 

notre glorieuse révolution P Sont-ce les ri- 
ches , sont-ce les hommes puissans F Le peu- 
ple seul pou voit la désir er et la faire ; le 
peuple seul peut la soutenir , par la même 
raison.... Ec l’on ose nous proposer de lui 
ravir les droits qu’il a reconquis ! On veut 
diviser la nation en deux classes , dont l’une 
ne sembleront armée que pour contenir l’au- 
tre , comme un ramas d’esclaves toujours 
prêts à se mutiner ! et la première renferme- 
roit tous les tyrans , tous les oppresseurs , 
toutes les sangsues publiques ; et l’autre , 
le peuplé ! Vous direz après cela que le 
peuple est dangereux à la liberté : ah ! il en 
sera le plus ferme appui si vous la lui lais- 
sez. Cruels et ambitieux sophistes , c’est 
vous qui', à force d’injustices, voudriez le 
contraindre , en quelque sorte , à trahir sa 
propre cause par son désespoir. Cessez 
donc de vouloir accuser ceux qui ne cesse- 
ront jamais de réclamer les droits sacrés de 
l’humanité ! Qui êtes-vous pour dire à la rai- 
son et à la liberté :« vous irez jusques-là;vous 
arrêterez vos progrès au point où ils ne s’ac- 
corderoient plus avec les calculs de notre 
ambition ou de notre intérêt personnel F » 
Eensez-vous que l’univers sera assez aveugle 




( z6 ) 

pour préférer à ces loix étemelles de la j-us~ 
tlce qui l’appellent au bonheur ces déplo- 
rables subtilités d’un esprit étroit et dépravé, 

’ n’ont produit jusqu’ici que la puissance, 
les crimes de quelques tyrans, et les malheurs 
des nations r C’est en vain que vous préten- 
dez diriger, par les petits maneges du char* 
laîanisme et des intrigues de cour, une révo- 
lution dont vous n’êtes pas dignes vous se- 
rez entraînés , comme de foibles insectes , 
dans son cours irrésistible ; vos succès se- 
ront passagers comme le mensonge , et 
votre honte immortelle comme la vérité. 
Mais, au contraire, supposons qu’à la place 
de cet injuste système on adopte les princi- 
pes que nous avons établis ; et nous voyons 
d’abord l’organisation des gardes nationa- 
les en sortir , pour ainsi dire , naturelle- 
ment, avec tous ses avantages, sans aucune 
espece d ’inconvéniens. 

D’un côté , il est impossible que le pouvoir 
exécutif et la force militaire dont il est 
armé puissent renverser la constitution, puis- 
qu’il n’est point de puissance capable de 
balancer celle de la nation armée. 

D’un autre côté , il est impossible que les 
gardes nationales deviennent elles-mêmes 



( 2 7 ) 

dangereuses à la liberté, puisqu’il est con- 
tradictoire que la nation veuille s’oppri- 
mer elle-même. Voyez comme par- tout , à 
la place de l’esprit de domination ou de ser- 
vitude , naissent les sentimens de l'égalité , 
de la fraternité , de la confiance , et toutes 
les vertus douces et généreuses qu’ils doi- 
vent nécéssairement enfanter. 

Voyez encore combien , dans ce système , 
les moyens d’exécution sont simples et 
faciles. 

On sent assez que , pour être en état d’en 
imposer aux ennemis du dedans , tant de 
millions de citoyens armés, répandus sur tou- 
te la surface de l’empire , n’ont pas besoin 
d’être soumis au service assidu, à la disci- 
pline savante d’un corps d’armée destiné à 
porter au loin la guerre. Qu’ils aient toujours 
à leur disposition des provisions .et des ar- 
mes ; qu’ils se rassemblent et s’exercent à 
certains intervalles , et qu’ils volent à la 
défense de la liberté lorsqu’elle sera me- 
nacée : voilà tout ce qu’exige l’objet de leur 
institution . 

Les cantons libres de la Suisse nous 
offrent des exemples de ce genre , quoique 
leurs milices aient une destination plus éten- 




( 2 8 ) 

due que nos gardes nationales , et qu’ils 
n’aient point d’autre force pour combattre 
les ennemis du dehors, ce Là tout habitant est 
soldat , mais seulement quand il faut l’être y 
pour me servir de l’expression de J. J. Rous- 
seau. Les jours de dimanche et de fête, on 
exerce ces milices selon l’ordre de leurs 
rôles. Tant qu’ils ne sortent point de 
leurs demeures , -peu ou point détournés de 
leurs travaux , ils n’ont aucune paie ; mais 
sitôt qu’ils marchent en campagne ^ ils sont 
à la odde de l’état». Quels qu’aient été nos 
mœurs et nos idées, avant la révolution, il 
est peu de françois , même parmi les moins 
fortunés , qui ne pussent ou qui ne vou- 
lussent se prêter à un service de cette es- 
pece , que l’on pourroit rendre, parmi nous y 
encore moins onéreux qu’en Suisse. Le ma- 
niement des armes a pour les hommes! un 
attrait naturel , qui redouble lorsque l’idée 
de cet exercice se lie à celle de la liberté 
et à l’intérêt de défendre ce qu'on a de plus 
cher et de plus sacré. 

lime semble que ce que j’ai dit jusqu’ici 
a dû prévenir une difficulté rebattue que l’on 
sera peut être tenté d’opposer à mon sÿstêr 
me ; elle consiste a objecter qu’un très-grand 


( 2 ? ) 

nombre de citoyens n’a pas les moyens d’a- 
cheter des" armes, ni de suffire aux dépen- 
ses que le service peut exiger. Que concluez- 
vous delà ? que tous ceux que vous appeliez 
citoyens non actifs , qui ne paient point une 
certaine quotité d’impositions , sont déchus 
de ce droit essentiel du citoyen ? Non , en 
général l’obstacle particulier qui empêclie- 
roit ou qui dispenseroit tels individus de 
l’exercer ne peut empêcher qu’il n’appar- 
tienne à tous , sans aucune distinction de 
fortune; et, quelle que soit sa cottisation, tout 
citoyen qui a pu se procurer les moyens , ou 
qui veut faire tous les sacrifices nécéssaires 
pour en user , ne peut jamais être repoussé. » 
Cet homme n’est pas assez riche pour donne r 
quelques jours de son temps aux assem- 
blées publiques ; je lui défendrai d’y paroî- 
tre ? ce cet homme n’est point assez riche 
pour faire le service des citoyens-soldats , je 
le lui interdis ; » ce n’est pas là le langage de 
la raison et de la liberté. Au lieu de con- 
damner ainsi la plus grande partie des ci- 
toyens à une espece d’esclavage^lfaudroit au 
contraire écarter les obstacles qui pourroient 
les éloigner des fonctions publiques. Payez 
ceux qui les remplissent ; indemnisez 


( 3 ° ) 

ceux que l’intérêt public appelle aux assem- 
blées ; équipez , armez les citoyens-soldats. 
Pour établir la liberté , ce n’est pas même 
assez que les citoyens aient la faculté oisive 
de s’occuper de la chose publique , il faut 
encore qu’ils puissent l’exercer en effet. 

Pour moi, je l’avoue , mes idées sur ce 
point sont bien éloignées de celles de beau- 
coup d’autres. Loin de regarder la dispro- 
portion, énorme des fortunes, qui place la 
plus grande partie des richesses dans quel- 
ques mains , comme un motif de dépouiller 
le reste de la nation de sa souveraineté 
inaliénable , je ne vois là, pour le législateur 
et pour la société , qu’un devoir sacré de lui 
fournir les moyens de recouvrer l’égalité 
essentielle des droits , au milieu de l’iné- 
galité inévitable des biens. Eh quoi ! ce 
petit nombre d’hommes excessivement opu- 
lens, cette multitude infinie d’indigens, n’est- 
elle pas en grande partie le crime des loix 
tyranniques et des gouvernemens corrom- 
pus ! Qu’elle maniéré de l’expier que d’ajou- 
ter à la privation des avantages de la for- 
tune l’opprobre de l’exhérédation politi- 
que , afin d’accumuler sur quelques tê'es 
privilégiées toutes les richesses et tout le 
pouvoir , et sur le reste des hommes toutes 




( 3i ) 

les humiliations et toute la misere 1 Certes , 
il faut ou soutenir que l’humanité , la justice , 
les droits du peuple sont de vains noms , ou 
convenir que ce système n’est point si 
absurde. 

Au reste , pour me renfermer dans l’objet 
de cette discussion , je conclus de ce que 
j’ai dit , que l’état doit faire les dépenses 
nécessaires pour mettre les citoyens en état 
de remplir les fonctions d.e gardes nationa- 
les ; qu’il doit les armer ; qu’il doit , comme 
en Suisse , les salarier lorsqu’ils abandon- 
nent leurs foyers pour le défendre. Eli ! 
quelle dépense publique fut jamais plus né- 
cessaire et plus sacrée ! Quelle seroit cette 
étrange économie qui , prodiguant tout au 
luxe funeste et corrupteur des cours , ou au 
faste des suppôts du despotisme , refuseroit 
tout aux besoins des fonctionnaires pu- 
blics et des défenseurs de la liberté ! que 
pourroit-elle annoncer , si ce n’est qu’on 
préféré le despotisme à l’argent , et l’ar- 
gent à la vertu et à la liberté I 

Après avoir établi les principes constitu- 
tifs des gardes nationales , il faut , pour com- 
pletter cette discussion , déterminer leurs 
fonctions d’une maniéré plus précise. Cette 


, ( . 3 D 

théorie peut se réduire à deux ou trois qües* 
tiens importantes. 

1°. Les gardes nationales doivent-elles êti*e 
employées à combattre les ennemis étran- 
gers ? Dans quels cas et comment peuvent- 
elles l’être ? 

11°. Les gardes nationales sont-elles desti- 
nées à prêter main-forte à la justice et à la 
police ? Ou dans quelles circonstances et de 
quelle maniéré doivent - elles remplir ces 
fonctions ? 

111°. Dans tous les cas où elles doiventagir, 
peuvent-elles le faire de leur propre mouve- 
ment ? Ou quelle est l’autorité qui doit les 
mettre en activité ? 

Pour résoudre la première de ces ques- 
tions , il suffit de l’éclairer. Toutes les 
fois qu’il s’agit d’un système militaire , 
nous ne devons jamais perdre de vue , ce 
me semble y la situation où nous nous 
sommes placés , et où nous devons rester , à 
l’égard des autres nations. 

Après la déclaration soiemnelle que nous 
leur avons faite des principes de justice que 
nous voulons suivre dans nos relations avec 
elles ; après avoir renoncé à Pam bidon des 
conquêtes , et réduit nos traités d’alliance à 

des 



( 33 ) 

des termes purement défensifs, nous devons 
d’abord compter que les occasions de guerre 
seront pour nous infiniment plus rares , à 
moins que nous n’ayons la foiblesse de nouâ 
laisser entraîner hors des réglés de cette ver- 
tueuse politique par les perfides suggestions 
des éternels ennemis de notre liberté. Mais, 
soit qu’il faille fournir à nos alliés le contins 
gent de troupes stipulé par les traités, ou faire 
la guerre au-dehors pour quelque cause que 
l’on puisse imaginer , il est évident que nos 
convenances , notre intérêt , et la nature 
même dés choses , destinent nos troupes de 
ligné seules à cette fonction. 

Le soin de combattre nos ehnemis étran- 
gers ne peut donc regarder les gardes natio- 
nales que dans le cas où nous serions obli- 
gés de défendre notre propre territoire. Or , 
ici je né sais pas si la question ne pourroit 
point par oître, en quelque sorte, oiseuse. Du 
moins si vous exceptez lé cas où des trou- 
bles civils , dès trahisons domestiques , de la 
part du gouvernement, même seroient com- 
binées avec des invasions étrangères , si vous 
exceptèz, dis-je, le cas où l’oubli des principes 
que j’ai posés entraîneroit plus sûrement en- 
core la ruiné de l’état ^ comme j'aurai oco&- 

G 


( 34 ) 

sion de le remarquer bientôt , il est permis de 
croire que la plus extravagante et la plus chi- 
mérique des entreprises seroit celle d’attaquer 
un empire immense, peuplé de citoyens armés 
pour défendre leurs foyers , leurs femmes , 
leurs enfans et leur liberté; ét, si cet événe- 
ment extraordinaire arrivoit , si une armée 
de ligne immense ne suffisoit pas pour re- 
pousser une attaque , qui pourroit douter 
de l’ardeur, de la facilité avec laquelle 
cette multitude de citoyens-soldats qui cou- 
vriroient sa surface se rallieroit nécessaire- 
ment pour en protéger tous les points , et 
opposer à chaque pas une barrière formida- 
ble au téméraire qui auroit formé le projet , 
j e ne dis pas de leur apporter la guerre , mais de 
venir s’ensevelir lui-même au milieu de leurs 
innombrables légions P Or , une espece de 
danger si rare , d’une part , de l’autre des 
moyens de défense si faciles et si solidement 
établis par la nature même des choses , par 
la seule existence des gardes nationales , 
doit éloigner de nous toute idée de les 
plier à un système militaire qui dénatu- 
reroit leur esprit et leur institution en les 
incorporant , en quelque maniéré que ce 
soit, avec les troupes de ligne. C’est à ce point 
que je voulois venir. C’est une observation 



( 35 ) 

dont on sentira toute l’importance, quand jô 
l’appliquerai au système du comité de cons- 
titution , dont je ferai bientôt connoître tout 
le danger , dans un examen rapide. 

Je passe maintenant à la seconde des 
questions que j’ai posées , qui concerne 
l’action des gardes nationales dans les trou- 
bles intérieurs , et qui tient à des observa- 
tions également simples. 

Je ne parle point ici de ces grandes cons- 
pirations tramées contre la liberté du peuple 
par ceux à qui il a confié son autorité. Les 
gardes nationales sont, à la vérité, le moyen 
le plus puissant et le plus doux de les étouf- 
fer et de les prévenir : ce sera même là, sans 
contredit, le plus grand de leurs services et le 
plus saint de leurs devoirsimais c’est à l’explo- 
sion de la volonté générale , c’est à l’empire 
de la nécessité , et non à une marche mé- 
thodique, à des réglés exactes , qu’est soumis 
l’exercice du droit sacré de l’insurrection. 

Ne parlons que des mouvemens séditieux, 
ou des actes contraires aux loix qui peu- 
vent troubler l’ordre public. Il faut une force 
publique qui les réprime ; cette force ne 
peut pas être celle des troupes de ligne. 


i°. parce qu 


’elles sont 


entretenues 
C a 


pour 


( 3 6 ) 

combattre les ennemis étrangers ; 2 °. parce 
qu’entre les mains du prince qui la dirige 
elle seroit un instrument trop dangereux à la 
liberté. D’ailleurs, dans les troubles civils, 
il n’y a qu’une force mue par la volonté gé- 
nérale qui puisse être légitime et efficace ; et 
les ordres du prince ne représentent pas et 
ne supposent point cette volonté , puisque 
sa volonté particulière est trop naturelle- 
ment en opposition avec elle. De-là vient 
que c’est aujourd’hui une maxime générale- 
ment reconnue , que , dans un état libre , les 
troupes ne doivent jamais être employées 
contre les citoyens. Il ne reste donc que les 
gardes nationales qui doivent , dans ces oc- 
casions , rétablir la tranquillité publique. 
Cette conséquence est du moins évidente et 
avouée de tout le monde , pour les cas de 
sédition , c’est-à-dire , des insurrections 
d’une multitude de citoyens contre les loix. 

Mais les gardes nationales doivent- elles 
être employées pour le maintien de la police 
ordinaire? Faut-il leur confier le soin , par 
exemple , de remettre entre les mains de 3a 
justice les citoyens suspects dont elle veut 
s’assurer ; ou de forcer les résistances que 
les particuliers peuvent apporter à l’exécu- 



(3 /) 

tion de ses jugemens ; ou faut-il créer un 
corps particulier pour remplir ces fonctions ? 
C’est ici que les opinions semblent se parta- 
ger; c’est par ce point que la question de 
la conservation de la maréchaussée est liée à 
celle de l’organisation des gardes nationales; 
question vraiment importante et compliquée 
qui mérite toute votre attention. Quelque 
sérieuses que soient les difficultés qui l’en- 
vironnent , il me semble que toutes les rai- 
sons pour et contre aboutissent à un point 
de décision assez facile. 

Il faut, dit-on , pour remplir les fonctions 
attribuées jusqu’ici à la maréchaussée , des 
hommes actifs spécialement voués et exer- 
cés à ce ministère. La maréchaussée seule 
remplit ces conditions. 

Le nom seul de la maréchaussée est en 
possession d’en imposer aux malfaiteurs. 

Des citoyens- soldats sauront-ils, comme 
elle , les épier, les découvrir, les poursuivre ? 
Consentiroient-ils à exercer un métier au- 
quel est attaché une espece de défaveur ? 

Quand j’ai exposé ces raisons , j’ai épuisé, 
ce me semble., tout ce qu’on a dit et peut- 
être tout ce qu’on peut dire en faveur de 
l’institution de la maréchaussée. 

C 3 




( 38 ) 

Yoici les raisons du système contraire, 
qui paroissent à plusieurs et plus solides et 
plus importantes. Ils desireroient d’abord 
qu’en parlant des services qu’elle rendoit , 
par l’exercice d’un ministère indispensable , 
on ne dissimulât pas les vexations et les abus 
qui étoient inséparables d’une telle institu- 
tion ; ils voudroient que l’on se souvînt que 
si , comme on l’a dit , elle étoit excessive- 
ment redoutée des malfaiteurs , c’étoit , en 
partie , parce qu’elle étoit formidable à l’in- 
nocence même. Que pouvoit-on attendre 
de mieux , en confiant les fonctions de la 
police à un corps constitué militairement , 
soumis , comme tel , aux ordres du prince ; 
qui , par cela seul qu’il étoit exclusive- 
ment voué à l’exercice de ces actes rigou- 
reux, devoit être peu capable d’en concilier 
les devoirs avec le respect pour les droits de 
l’humanité et pour les réglés protectrices de 
la liberté des citovens ? 

Or, les citoyens-soldats peuvent seuls 
remplir ce double objet. Il ne faut pas crain- 
dre que chez eux l’esprit de justice nuise à la 
sûreté publique. D’abord, qui seroit plus pro- 
pre qu’eux à prêter main-forte à l'exécution 




( 3 9 ) 

des ordonnances de l’autorité publique?Quànt 
à l'arrestation des coupables , pourquoi ne 
pourroient-ils pas rendre aussi ce service à 
la société? Comme il y auroit des gardes 
nationales dans toutes les communes , il est 
évident que , sans espionnage et sans inqui- 
sition , ils seroient par-tout atteints avec 
une extrême facilité. Croyez-vous que les 
gardes nationales manqueroient de bonne 
volonté pour s’en assurer ? Vous ayez deux 
garàns du contraire : l’horreur qu’inspirent 
les forfaits et l’intérêt des citoyens ; vous 
avez encore l’expérience. N’avez-vous pas 
vu toutes les gardes nationales du royaume , 
sur-tout celle de Paris, suppléer, avec autant 
de succès que de zele , aux anciens agens de 
la police , et maintenir l’ordre et la tranquil- 
lité au milieu de tant de causes de troubles 
et de désordres ? Se sont- elles déshonorées , 
en mettant entre les mains des loix , en gar- 
dant , en leur nom , les infracteurs des loix ? 
Le commandant de la garde parisienne a-t- 
il cru se déshonorer lui-même , en arrêtant 
de sa main un citoyen je ne sais dans quel 
mouvement populaire ? Tous ces exemples 
ne prouvent-ils pas que le préjugé que vous 

c 4 




( 4o ) 

nous objectez n’est plus qu’une chimere ? 
Que, sous le despotisme, où la lai , ouvrage 
du despote, est tyrannique et partiale comme 
, l'opinion avilisse le métier de ses satel- 
lites ; cette maniéré de voir se conçoit : mais 
comment attaclieroit-elle cette défaveur aux 
devoirs des citoyens prêtant l’appui de la 
force nationale à la loi qui est à-la-fois leur 
ouvrage et leur patrimoine ? 

Ce système , qui les attache à la loi par de 
nouveaux liens et par l’habitude de la faire 
respecter , qui laisse à la force publique toute 
son énergie , et lui ôte tout ce qu’elle peut 
avoir de dangereux, et d’arbitraire , n’est-il 
pas plus analogue aux principes d’un peuple 
que l’esprit violent et despotique d’un 
corps tel que la maréchaussée ? Pourquoi 
donc conserver cé corps qui ne sert qu’à 
augmenter la puissance redoutable du mo- 
narque aux dépens de la liberté civile ? C’est 
un grand inallieur,lorsque le législateur d’un 
peuple qui passe de la servitude à la liberté 
empreint dans ses institutions les traces des 
préjugés et des habitudes vicieuses que le 
despotisme avoit fait naître ; et nous tom- 
berions dans cette erreur si nous conservions 
la maréchaussée. Cependant on nous parle 




( 4i ) 

non- seulement de la conserver, maïs de 
l’augmenter ; c’est-à-dire , d‘en multiplier les 
inconvéniens ! Projet d’autant plus incom- 
préhensible, qu’il semble supposer que, sous 
le régné des loix, les crimes doivent être na- 
turellement plus fréquens que sous celui du 
despotisme ; ce qui est à-la fois une insulte 
à la vérité et à la raison , et un blasphème 
contre la liberté. 

Tels sont les raisonnemens de ceux qui 
veulent laisser aux gardes nationales les 
fonctions attribuées ci-devant à la maré- 
chaussée. 

Pour moi , quoique ces raisons me pa- 
roissent convainquantes , je ne puis me dis- 
simuler cependant que ce système , consi- 
déré dans toute sa rigueur , offre des in- 
convéniens réels , et entraîneroit de grandes 
difficultés dans l’exécution ; et je ne puis 
l’adopter qu’en partie. D’un côté , je vois 
que si tous les citoyens - soldats indistinc- 
tement étoient destinés au service dont je 
parle , il y a beaucoup d’occasions où il 
seroit pour la plupart d’entr’eux infiniment 
incommode et onéreux ; de l’autre , j’adopte 
le principe qu’il faut nécessairement trouver 
un svstême qui allie la force publique au 


v ‘ S . ■ . 

(40 

respect dû aux droits et à la liberté des ci- 
toyens. Je ne vois rien à répondre aux ob- 
jections faites contre l’institution de la 
maréchaussée ; je ne voudrois pas que 
des fonctions si importantes fussent aban- 
données à un corps militaire absolument 
indépendant et séparé des gardes nationales , 
faisant partie de l’armée de ligne , placé 
dans la dépendance immédiate du roi , com- 
mandé par des chefs nommés par le roi , 
assimilés aux autres officiers de l’armée. Je 
voudrois , enfin , une institution qui ren- 
fermât les avantages attachés au service des 
gardes nationales et qui fût exempt des 
irfconvéniens que j’y ai remarqués. Or, il 
me semble que cette double condition seroit 
remplie par le moyen que je vais indiquer , 
et qui n’a peut-être contre lui que son ex- 
trême simplicité. Il consiste à former dans 
chaque chef-lieu de district une compagnie 
soldée, consacrée aux fonctions qu’a exercées 
la maréchaussée , mais soumise aux mêmes 
chefs et à la même autorité que les gardes 
nationales. 

On pourroit ajouter à l’utilité évidente de 
cette institution un avantage particulier 
relatif aux circonstances actuelles. Rien n’em- 


/ 



( 43 ) 

pêcheroit de composer ces compagnies des 
mêmes individus qui forment actuellement 
la maréchaussée , et d’épargner à la nation 
le regret de les dépouiller de leur état. 

Il reste la troisième et derniere question. 
Les gardes nationales peuvent-elles agir 
d’elles-mêmes; ou faut-il qu’elles soient mises 
en mouvement par quelqu’autorité r Elle se 
réduit à un seul mot. Les gardes nationales 
ne sont que des citoyens qui , par eux-mêmes > 
ne sont revêtus d’aucun pouvoir public , et 
qui ne peuvent agir qu’au nom des loix ; il 
faut donc que leur action soit provoquée 
par les magistrats , par les organes naturels 
de la loi et du vœu public. Ainsi les gardes 
nationales doivent être subordonnées au 
pouvoir civil ; elles ne peuvent marcher ni 
déployer la force dont elles sont armées que 
par les ordres du corps législatif ou des 
magistrats. 

Ce que j’ai dit jusqu’ici me paroît ren- 
fermer toutes les réglés essentielles de l’or- 
ganisation des gardes nationales. 

J e crois devoir observer qu’une partie du 
plan que je viens de soumettre à l’assemblée 
nationale est déterminée par l’existence du 
système des troupes de ligne qu’elle a con- 



'(' 44 ) 

serve. Utile , nécessaire au£si longtemps 
que ce système subsistera , il doit subir de 
grands changemens dès que ce système 
aura disparu. Or, j’ose croire qu’il dispa- 
roîtra ; j’ose même prédire que les gardes 
nationales ne seront pas plutôt organisées , 
la constitution solidement affermie , que 
tout le monde sentira combien il est absurde 
qu’une nation qui veut être juste , qui s’in- 
terdit toute aggression et toute conquête , 
et qui peut à chaque instant armer cinq 
millions de bras pour repousser de crimi- 
nelîes attaques , croie à ia nécessité d’en- 
tretenir perpétuellement une autre armée , 
dont le moindre inconvénient seroit d’être 
inutile et dispendieuse. 

Le spectacle d’un vaste empire couvert 
de citoyens libres et armés inspire de gran- 
des idées et de hautes espérances. Il me sem- 
ble qu’il donne à toutes les nations le signal 
de la liberté ; il les invite à rougir de cette 
honteuse stupidité avec laquelle, livrant tou- 
tes les forces de l’état entre les mains de quel- 
ques despotes , elles leur ont remis le droit de 
les enchaîner et de les outra ger impunément; 
il leur apprendra à faire disparaître ces 
corps menacans que l’on entretient avec 




( 45) 

leurs dépouilles , pour les dépouiller en- 
core, et à se lever elles- me mes, toutes armées, 
pour porter dans le cœn: des tyrans la terreur 
que ceux-ci leur ont inspirée jusqu’ici. Puisse 
le génie de l'humanité répandre bientôt dans 
l’univers cette sainte ccntagion de la justice 
et de la raison, et affanchir le genre hu- 
main par le glorieux exmple de ma patrie ! 
Mais ne nous reprochen-t-on pas d’embrasser 
avec trop d’ardeur unetrompeuse espérance 
et une brillante chinure. . . ? Je l’avoue , ce 
doute autrefois m’eûtparu une espece de 
blasphème ; mais , je uis forcé d’en conve- 
nir , trop de cfrcostances aujourd’hui 
semblent m’en absoude , ou plutôt il est plus 
que justifié par le rojet d’organisation 
des gardes nationale,' que vous proposent 
vos comités de consttution et militaire. Je 
dis plus : j’affirme qu, si ce projet est adop- 
té , c’en est faitcle la berté. . . ; et , puisque le 
salut de la patrie l’xige , je me hâte de le 
prouver. 

Dans le plan des omités , la garde natio- 
nale est en quelqu sorte divisée en deux 
classes , lune destnée à s’armer pour le 
maintien de l’ordr et la tranquillité publi- 
que , lors quelle emera requise , et jusqu’à 



ligne toutes les foi 
tif lappellera. Cett 


(46 ) 

cette réquisition devant rester dans une 
inaction absolue; loutre, consacrée spéciale- 
ment au métier desarmes, recevant une sol- 
de , toujours prête à renforcer l’armée de 
que le pouvoir exécu- 
armée, composée de 
deux hommes pris àns chaque compagnie, 
s’éleyeroit à cent mile hommes. 

Je n’ai pas besoirde vous dire qu’il ne 
sera pas difficile di faire tomber le choix 
de ces deux homme par compagnie sur 
des partisans du desp/tisme et de l’aristocra- 
tie ; il suffit d’observr que , malgré le nom 
qu’on leur donne , es cent mille hommes 
sont évidemment de troupes de ligne , et 
non des gardes nationles qui , par leur des- 
tination particulière seront les créatures 
et les soldats du pince. Ils tourneront 
nécessairement leurs regards vers les fa- 
veurs de la cour ; la gloire des armes , les 
grades militaires devie;dront l’objet unique 
de leur ambition : bieitôt cet exemple con- 
tagieux pervertira le vritable caractère de 
toutes les gardes natjmales ; il excitera 
chez elles et le dédaindes fonctions civi- 
ques ^ et le désir d’obteffi* les avantages et 


les distinctions dont ils verront décorer leurs 


i 




unes 


( 47 ) 

camarades. A la place de ces grandes idée» 
de la liberté , de ce profond sentiment de 
la dignité de l’homme et des droits du ci- 
toyen , qu’il faut graver dans les âmes des 
françois, vous verrez naître par- tout ce pué- 
rile enthousiasme, cet esprit-à-la fois tyranni- 
que et servile , à-la-fois vil et superbe , que 
l’extravagance féodale décora du nom d’hon- 
neur ; vous verrez les gardes nationales dé- 
générer en une aristocratie militaire , aussi 
docile à opprimer les citoyens que prompte 
à se prosterner devant la volonté du mo- 
narque. 

Les deux comités ont tellement pris le 
change sur le véritable objet des gardes na- 
nationales , qu’ils semblent regarder comme 
le principal avantage de cette institution 
celui d’opposer , en tout temps , des forces 
militaires immenses aux ennemis du dehors. 

Il faut lire dans leur rapport avec quelle 
complaisance ils étalent sous les yeux du 
lecteur ces armées qu’ils mettent en campa- 
gne à la première invasion; comme, à la suite 
de leur armée auxiliaire, ils détachent, au 
besoin, du reste des gardes nationales des 
armées nouvelles qui se pressen 




( 48 ) _ 

les autres ; comme ils félicitent la patrie de 

sa grandeur et de sa puissance ! Eh ! il 

est bien question de tout cela il est bien 

question de nous constituer ici , comme si 
nous voulions conquérir l’Europe ! C’est de 
nos ennemis domestiques , sans lesquels les 
autres ne peuvent rien contre nous ; c’est des 
conspirateurs qui méditent notre ruine et 
notre servitude, qu’il faut nous occuper. Or, 
quelles précautions prenez-vous contr’eüx ? 

Etes- vous donc convaincus que la liberté 
n’a plus que des amis et des adorateurs ? 
Avez-vous la parole de tous les princes, de tous 
les ministres , de tous les courtisans passés, 
présens et futurs , que tout artifice , que 
toute ambition est à jamais bannie de leurs 
cœurs? IgnGrez-vous que le premier devoir, 
l’œuvre la plus difficile des législateurs, est de 
fortifier pour toujours la liberté contre leurs 
attaques? Que faites-vous ici pour elle? Quand 
le pouvoir exécutif peut à chaque instant 
requérir les cent mille auxiliaires que vous 
lui donnez , le reste des gardes nationales 
reste nul ; ce ne sont que des citoyens qui , 
sous le rapport de gardes nationales , sont 
comme s’ils n’étoient pas ; à moins qu’ils 
ne reçoivent l’existence et le mouvement 

par 


( 49 ) 

par la réquisition. Que dis- je ? Les deux: 
comités poussent la précaution jusqu’à leur 
ôter leurs atone s , jusqu’à leur défendre de 
les avoir chez eux ; ils veulent qu’elles restent 
dans un dépôt public , jusqu’au moment où les 
gardes nationales seront requises ; or , à 
qui appartiendra cette réquisition ? Yous la 
laisseriez aux corps administratifs que je ne 
serois point rassuré ; puisque , tandis que le 
pouvoir exécutif, d’un seul acte de sa vo- 
lonlé, peut rassembler toutes ses forces^ les 
gardes nationales , divisées par cantons , par 
districts , par municipalités , ne pourraient 
être remuées que partiellement , suivant les 
volontés particulières et diverses des diffé- 
rentes administrations: et d’ailleurs, il est 
tellement dans l’ordre des choses possibles 
que les ennemis hypocrites de la liberté 
s’emparent d’un grand nombre de ces corps ; 
les hommes en place assez éclairés , assez 
vertueux pour être inaccessibles aux arti- 
fices ou aux séductions des rois , sont en- 
core des phénomènes si rares ; la cour et 
ses partisans sont si habiles à diviser , à 
tromper , à endormir l’opinion publique sur 
les faits plus notoires et sur les plus pressais 
intérêts ; cette nation est si tonne , si con- 

D 



(5o) 

fiant ê , si crédule , eue , par degrés , et tou- 
jours sons îe prétexte de la paix et de F ordre 
public, tout en parlant de loix et de liberté , 
ils nous auroient environnés des plus grands 
périls , avant que nous eussions pu nous 
mettre en garde contre La monstrueuse 
puissance dont on les investit. Mais que 
dis-je ? Croit on que lés comités veuillent 
au moins nous laisser cette foible ressource 
de la réquisition des corps administratifs ? 
Oue diriez-vous , s’ils vouloient la livrer au 
roi ? Oui , c’est au roi qu’ils la livrent en 
effet ; c’est-à-dire , à la cour , aux minis- 
tres. Pour leur donner^ impunément cette 
fatale influence , il n’en coûtera à vos deux 
comités que de la déguiser sous une forme 
illusoire ; en proposant que le roi requiere , 
et que l’agrément des directoires ou de la 
municipalité intervienne : car , sans doute , 
quiconque connoîtra l’ascendant de l’initia- 
tive , celui sur-tout de l’initiative royale ; 
quiconque soupçonnera le degré de com- 
plaisance , de foiblesse , de crédulité que les 
ordres, que la volonté du prince peut obte- 
nir de quelques officiers municipaux ou 
administratifs , saura bien calculer les véri- 
tables effets d’une telle disposition * Ainsi 


tes gardes nationales n’existeront que quand 
il plaira à la cour ; elles ne pourront défendre 
la liberté contre les entreprises du pouvoir 
exécutif, si le pouvoir exécutif ne l’ordonne 
lui-même ; elles seconderont par leur action 
les entreprises du pouvoir exécutif, si le 
pouvoir exécutif l’ordonne : et ne pensez pas 
que la constitution proposée leur laisse quel- 
ques moyens de s’en dispenser £ apprenez 
qu’elle ne leur laisse pas même le droit d’exa- 
men ; qu’elle ne tend à rien moins qu’à en 
faire des automates obéissans et des instru - 


mens aveugles, dans toute la force de ce 
terme : et afin que vous ne me soupçonniez 
pas de la moindre exagération , lisez vous- 
mêmes ces passages énergiques où la main 
des comités a tracé les devoirs et les droits des 
citoyens armés pour la défense de leur li- 
berté , des sentinelles vigilantes établies 
pour veiller autour d’elle. « Les gardes 
nationales ne doivent pas même délibérer 
sur les ordres qu’ils reçoivent : délibéj'er , 
hésiter y refuser sont des ceimes. Obéir, 
voilà, dans un seul mot, tous leurs devoirs. 
Instrument aveugle et purement passif , la 
force publique n’a ni ame , ni pensée, ni 
volonté ». Est-ce un despote, est ce un 

Da 



(&0 

conspirateur qui trace ici les fonctions de 
ses satellites , ou le rôle de ses complices ? 
ou sont-ce les representans du peuple , les 
fondateurs de la liberté qui préparent les 
moyens de la défendre ? Je croyoisdu moins 
qu’il étoit impossible de rien ajouter à ces fu- 
nestes mesures : mais les comités vont jusqu’à 
assurer au prince , dans le plus grand détail, 
la facilité d’en tirer parti : ils veulent , par 
exemple , qu’il ne soit point astreint à em- 
ployer les gardes nationales en masse ; mais 
que celles-ci puissent être prises ou en mas- 
ses , ou par compagnies , ou tirées seule- 
ment trois à trois , deux à deux y un à un. 
Si vous n’appercevez pas d’abord toute la 
profondeur de cette idée , rappeliez-vous 
que dans un état divisé par tant de partis , 
qui renferme dans son sein une multitude 
innombrable de mécontens de toutes les 
classes , qui voit même ceux-ci dominer in- 
solemment dans plusieurs contrées , une 
partie des gardes nationales sera composée 
d’ennemis de la révolution ; qu’ils s’y 
précipiteront sur-tout en foule , aujourd’hui 
qu’un décret proposé par le comité déclare 
déchus de la qualité de citoyens actifs ceux 
qui ne prendront pas cet engagement ; tan- 




( 53 ) 

dis qu’un autre décret , en excluant les ci- 
toyens dits inactifs , écartera une foule d’a- 
mis naturels de la cause populaire. Cepen- 
dant si le pouvoir exécutif n’avoit pu appel- 
ler les gardes nationales que suivant l’ordre 
de leurs divisions , par exemple , par ba- 
taillons , par compagnies , telles qu’elles 
étoient formées ; malgré tous les vices es- 
sentiels de l’organisation proposée , il seroit 
resté sinon une ressource à la liberté , du 
moins une espece d’inquiétude au despo- 
tisme : mais que non-seulement il puisse clioi- 
sir dans toute l’étendue de la France les mas- 
ses les plus infectées de l’esprit servile et 
anti-civique ; qu’il lui soit permis d’extraire 
encore, pour ainsi dire , des différentes di- 
visions les individus qui conviennent le 
mieux à ses desseins, l’élite des mauvais ci- 
toyens ; alors voilà tout-à-coup les conspi- 
rateurs environnés d’une armée immense 
qu’ils pourront contempler avec satisfac- 
tion, en disant, comme Catilina parmi ses 
complices : nous sommes à notre aise; Un y 
a pas ici un homme de bien. Quel obstacle 
pourra les arrêter, lorsque la seule force qui 
existera de fait dans l’état sera réunie dans 
leurs mains, et qu’ils pourrontla diriger à leur 

D 3 



( 54 ) 

gré au nom même des loix et de la COnStitU- 

SS - • * 

tion ? Soit qu’il arrive une occasion favorable 
de tenter quelque grande entreprise; soit qu’il 
s’agisse seulement de miner insensiblement 
les fondemens de la liberté et d’opprimer 
en détail le . parti patriotique , ce système 
sera également utile. Faut -il provoquer 
par de longs outrages et par des complots 
sinistres , quoiqu’adroitement colorés , une 
fermentation naturelle , une résistance de- 
venue nécessaire à l’oppression , traiter en- 
suite en rebelles ceux qu’on y aura réduits , 
et effrayer par un exemple terrible tous les 
amis de l’humanité et de la patrie ? Vous 
sentez combien l’espece de milice que l’on 
veut nous donner seroit propre à de telles 
expéditions. Faut-il par des actes moins 
éclatans , mais non moins utiles , accabler 
des patriotes isolés , redoutables par leur 
énergie et par leurs lumières , attenter à la 
liberté des écrivains qui auront le courage 
c]e dévoiler les dangers publics , et de lever 
le masque du civisme qui cache nos plus 
redoutables ennemis ? Détachez seulement 
trois à trois , deux à deux ^ un à un quel- 
ques-uns de vos défenseurs-automates de la 
^ Destitution ; et si l’on pouyoit redouter 




(SS ) 

encore ropinion publique, n’a-t-on pas 
à sa solde une autre armée d’intriguans 
et de libellistes ; avec des récits infidèles ré», 
pandus par-tout et payés du trésor de l’état 
avec les mots d ’ incendiaires , de factieux > 
de subordination d’ anarchie , de licence , 
on pourra se mettre en état de ne plus 
craindre que le mépris des citoyens éclairés; 
on pourra ériger en héros de la liberté 
ceux qui n’aspirent qu’à élever leur for- 
tune particulière sur la ruine de la liberté 
publique. 

Cette seule analyse du plan proposé suffit 
sans doute pour effrayer les amis de la pa- 
trie : cependant je n’ai point parlé de cette 
multitude de dispositions de détail qui en 
renforcent les vices essentiels , et dont cha- 
cune est une atteinte à la liberté. Je n’ai 
parlé ni de la foule des grades , des officiers , 
dont ils surchargent cette institution , et 
que l’on veut faire nommer pendant deux 
ans , avec la faculté d’être réélus ; ni des 
dispositions combinées pour les faire mar- 
cher sous les ordres des généraux des trou- 
pes de ligne , ni de tant d’autres vices dont 
^e puis supprimer le détail ; ni de ces insul- 
tes faites aux citoyens, en présentant la qua- 

D4 



(M ) 

Iité de citoyens actifs , qui appartient essen- 
tiellement à tous , comme le prix d’un long 
temps de service dans la garde nationale. 
Je n’ai point parié sur-tout de leur projet sur 
l’organisation de la maréchaussée , dont 
l’augmentation, telle qu’elle es t proposée , se- 
roitle complément du funeste système que 
nous venons de développer. 

Si j’avois voulu , sous le nom de police et 
d’ordre public , livrer la liberté des citoyens 
à toutes les vexations du despotisme , ( en 
supposant que je fusse le génie le plus inven- 
tif en ce eenre ^ voici comment je m’v serois 
pris : j’aurois confié ces fonctions civiles à 
un corps militaire ; et en donnant le choix 
de i’apoeller maréchaussée ou gendarmerie 
nationale , j’aurois formellement statué qu’il 
continuerait de faire partie de l’armée , 
qu’il seroit soumis au même régime ; j’au- 
rois statué que , pour être admis parmi les 
cavaliers , il faudroit avoir fait au moins un 
congé dans un régiment. Pour être assuré 
des dispositions de ces cavaliers , je les au- 
rois fait choisir par un officier à la nomina- 
tion du roi , entre plusieurs sujets présentés 
par le directoire du département : je me 
serois en effet fort peu mis en peine, dans 


( *7 ) 

ce cas , de violer le principe populaire qui 
ne veut pas que des officiers administratifs 
soient immiscés en aucune maniéré dans les 
fonctions électives; et d’un autre côté, en 
leur attribuant cette fonction , j’aurois avili 
le peuple lui-même dans la personne des 
administrateurs qu’il s’est donnés, en su- 
bordonnant leur choix à celui d’un officier 
militaire. On devine aisément que j’aurois 
donné sur-tout une attention particulière 
aux officiers ; j’en aurois multiplié le nom- 
bre à l’infini ; j’aurois créé dans chaque divi- 
sion , colonel , lieutenant-colonel y heute- 
nans , capitaines , maréchaux de logis , 
brigadiers ; il n’y auroit pas eu une brigade 
de cinq hommes qui ne contînt au moins 
deux officiers ; chaque compagnie auroit 
compté trois lieutenaiis. Avec ces élémens , 
combien il m’est désormais facile d’inspirer 
à tout ce corps un seul esprit, qui sera le dé- 
vouement le plus absolu à la cour et à l’aris- 
tocratie ; il me suffira de combin er tellement 
les modes déavancement , que chaque» cava- 
lier et officier dépende , àcet égard , de son su- 
périeur immédiat, et que tous dépendentde 
J a cour : en conséquence , je fais nommer 
par le roi les colonels ; je les fais nommer 


( 58 ) 

tre les deux plus anciens lieutenans-colo- 
nels ; au grade de lieutenans-coloneîs arri- 
vent à tour d’ancienneté les capitaines ; au 
grade de capitaine les lieutenans ; ceux-ci 
sont choisis , pour les trois-quarts , par le 
colonel^ et pourvus par le roi ; l’autre quart 
est pris à tour d’ancienneté parmi les maré- 
chaux de logis ; mais les maréchaux de logis 
ne parviennent que par le choix du colonel , 
sur la présentation du capitaine , et cette 
cascade se prolonge jusqu’au dernier offi- 
cier ; de maniéré que le premier prix de 
l’ambition est entre les mains du roi , et que 
l’on ne peut parcourir les degrés qui y con- 
duisent que par la faveur d$s chefs ; de ma- 
niéré que si je parois donner aux directoi- 
res , dans quelques cas seulement, un droit 
de présentation illusoire j ce n’est qu’un 
moyen de plus d’établir entre eux et des 
hommes voués à la cour , une espece de liai- 
son à laquelle on sent que la cause populaire 
ne gagnera pas beaucoup. 

Mais si vous croyez qu’il est impossible d’a- 
jouter quelque chose à la justesse de ces mesu- 
res , vous ne connoissez point encore toute la 
grandeur de nos ressources rapprenez que , par 
une seule disposition qui paroit très-simple, on 




(%). 

assure toutes les places importantes à de«s 
hommes qui ne seront certainement pas les 
plus zélés partisans de la révolution ; qu’on 
les livre exclusivement à ces castes ci-devant 
privilégiées qui , comme vous le prévoyez , 
ne seront encore de long-temps , par-tous 
les points , au niveau des citoyens : on veut 
que les trois quarts des places de lieutenans 
ne soient donnés qu’à des officiers de trou- 
pes de ligne. 

Après avoir ainsi constitué ce corps , que 
reste-t-il à faire pour réaliser la grande con- 
ception que je vous ai annoncée ? de lui 
donner , en matière de police, une autorité 
étendue et arbitraire! : eh ]}ien ! chaque ca- 
valier pourra, de son propre mouvement, 
arrêter , poursuivre qui il voudra , pourvu 
qu’il lui paroisse suspect ou prévenu. Ils sont 
chargés des fonctions si délicates de l’inqui- 
sition de police par ces termes si énergiques, 
de recueillir et prendre tous les renseigne - 
mens possibles , de dresser des procès-ver- 
baux quiferontfoi en justice. Mais ce que vous 
n’auriez pas deviné sans d oute, c’est qu’ils sont 
autorisés à dissiper de leur autorité les attrou- 
pera ens séditieux ; et un article exprès statue 
prudemment qu’ils n y auront besoin , pour 




, C ) 

cela , d'aucune réquisition . Ainsi , voilà ces 
hommes maîtres de juger si un attroupement 
est séditieux ou non, si des citoyens rassem- 
blés sont ou non des rébelles ; les voilà maî- 
tres de déployer la force des armes contre le 
peuple ; voilà la loi martiale supprimée, non 
comme violente et barbare , mais parce 
qu’elle entraîne au moins des formes ; mais 
parce que des soldats et des coups de fusils 
d’abord sont tous les égards que l’on doit 

aux citoyens franc ois Voilà le système 

que l’on nous propose. 

Et comme si ce n’étoit point assez de 
tant d’infractions de tous les principes , 
ne voilà- 1- il pas encore les comités de 
judicature et de constitution qui viennent 
vous présenter un plan de police com- 
biné avec celui-là ? Ne voilà- 1- il pas 
qu’ils associent aux fonctions des juges de 
paix toute cette armée d’ofiiciers ; qu’ils éri- 
gent en magistrats de police ces colonels , 
ces lieutenans - colonels , ces lieutenans ; 
qu’ils leur donnent le pouvoir de rendre arbi- 
trairement des ordonnances pour faire arrê- 
ter les citoyens , pour les faire arracher même 
du sein de leur propre maison , de les man- 
der, de les interroger, d’entendre des té- 
moins, de les condamner à la prison I 


( 61 ) 

Voilà donc par quelles routes vos comités 
nous conduisent à la liberté ! mais arrêtons- 
nous un moment, il en est temps, sans doute, 
pour réfléchir sur une circonstance impor- 
tante de leur conduite et de notre situation 
politique. Leur système, si on les croit, est 
excellent, soit qu’il faille ou non ajouter 
foi . à ces bruits de guerre dont on nous me- 
nace. Personne en effet ne s’est donné la 
peine encore d’approfondir ces éyénemens ; 
et tout le zele de ceux qui étoient faits pour 
nous en occuper s’est borné à un silence dis- 
cret , ou à des communications mystérieuses 
et vagues , dont le but étoit de nous entrete- 
nir dans une profonde sécurité. Mais c’est 
bien ici , je pense , le moment de demander 
aux comités pourquoi, au lieu de nous pro- 
poser des projets d’organisation de cette es- 
pece , ils ne se sont pas plutôt hâtés de faire 
donner des armes aux gardes nationales 
actuellement existantes ; c’est bien le mo- 
ment de demander pourquoi les innombra- 
bles adresses qu’elles envoient depuis un 
an , de toutes les parties de la France , 
y sont restées ensevelies ; pourquoi , 
pendant si Ion g- temps , toutes les fois que 
cette proposition a été faite à l’assemblée, 
on a trouvé le moyen de la faire ajour- 


, (62) 

ner ; pourquoi un membre du comité di- 
plomatique ayant représenté , il y a quelque 
temps , la nécessité de les armer , au moins 
sur nos frontières, un autre membre du 
îliême comité fit échoùer cette proposition , 
si urgente dès-lors , eù lai faisant renvoyer 
âpres le rapport sur l’organisation des gardes 
nationales ; pourquoi , au moment où nous 
sommes , il n’a pas encore été question 
sérieusement de la réaliser. 

Ali ! si vous pensiez que cette question de 
la paix ou de la guerre valût la peine d’être 
examinée , il seroit facile peut-être de la 
résoudre par des raisons plus vraisemblables 
que celles des habiles politiques qui nous 
rassurent. Peut-être lè caractère pacifique et 
les principes révolutionnaires d’un prince 
qui , après avoir établi dans le petit état où 
il régnoit le despotisme le plus absolu , a 
prouvé ensuite par ses manifestes qu’un autre 
peuple lui appartenoit de droit , et qùi l’a 
décidé par ses armes ; peut-être cette étrange 
garantie ne vous paroîtroit-elle pas tout-à-fait 
suffisante ; et puisque l’on juge des inten- 
tions d’un ennemi qui est à nos portes par 
son caractère , par la maniéré dont on pré- 
tend qu’il calcule ses jouissances et ses inté- 
rêts > vous pourriez croire Ÿous-mênre que lé 


( 63 ) 

caractère des despotes peut bien aussi les por- 
ter à chérir , à soutenir le despotisme,, sur- 
tout lorsqu’ils esperent que leurs efforts 
pourront être secondés par des trahisons 
domestiques et par des troubles intestins ; 
vous pourriez croire que les hommes qui 
les entourent et qui les font mouvoir , 
sont > par leurs habitudes et par leur intérêt 
personnel , les amis , les alliés naturels des 
ennemis de la cause populaire. D’après ces 
seules notions du bon sens , vous pourriez 
donner quelqu’attention à ces rassemblemens 
de troupes extraordinaires qui ne peuvent 
être suffisamment expliqués par le prétexte 
qu’on leur donne ; vous pourriez remarquer 
que tout annonce une intelligence parfaite 
de ce despote dont j e vous parle avec un autre 
despote , n’agueres son ennemi , qui , lui- 
même , pour la querelle de sa sœur , se fit , 
il y a peu d’années , un jeu de soumettre un 
peuple libre au joug de son beau-frere ; vous 
pourriez observer que l’un et l’autre vien- 
nent de manifester leurs véritables inclina- 
tions , l’un en abandonnant , en trahissant ; 
F autre en remettant dans les fers d’un prêtre 
détesté le peuple du monde le plus intéres* 
sant par son courage et par sa magnanimité. 


( H ) 

Enfin , s’il faut tout dire , cet amour pro- 
fondde Injustice et de l’humanité, qui nous 
porte à desirer que tous les peuples soient 
libres et heureux, m’avertit que la première 
passion des rois en général , de leurs con- 
seils , de leurs courtisans , est de conserver 
leur puissance absolue et celle de leurs pa- 
reils ; et je sais de plus que les hommes, que 
ces hommes-là sur -tout, obéissent à leurs 
passions , à leur orgueil, à l’intrigue qui les 
obsédé , bien plus facilement qu’à leur vé- 
ritable intérêt qu’ils 11e connurent jamais. 
Je sais enfin , et j’atteste toute l’histoire, 
que leur grand art est de dissimuler, de pré- 
parer , de faciliter les succès de la force par 
l’adresse avec laquelle ils endorment la cré- 
dulité des peuples ; je sais qu’ils ne sont ja- 
mais plus redoutables que lorsqu’ils étalent 
avec le plus de pompe ces sentimcns cle 
justice et d’humanité qu’ils ont coutume de 
prodiguer dans leurs déclarations et dans 

leurs manifestes Si vous me dites, après 

cela , que ces dangers ne vous effraient pas , 
je vous dirai que ce 11’est pas là non plus ce 
qui m’effraie davantage ; que ce ne sont pas 
même nos divisions intérieures ; que ce ne 
sont pas les trésors immenses accumulés en- 
tre 


C 65 ) 

tre les makis des ennemis de notre liberté ; 
que ce ne sont pas même ceux à qui on a 
confié la garde de nos frontières , cle nos 
places fortes , ceux qui sont destinés à diri- 
ger notre défense et à disposer des forces de 
l'état... C’est cette fatale sécurité où nons de- 
meurons plongés , par de perfides insinua- 
tions, ou par l’ordre exprès du ciel irrité ; 
c’est cette légérèté avec laquelle nous sem- 
blons juger et les hommes et les évémemens, 
et nous jouer, pour ainsi dire , des desti- 
nées de l’humanité ; c’est ce retour insensi- 
ble et funeste vers nos antiques préjugés et 
vers nos frivoles habitudes , qui commen- 
cent à remplacer l’enthousiasme passager 
que nous avons fait éclater pour la liberté ; 
ce sont ces petites factions , dont les chefs, 
voulant tout diriger par de petits moyens 
et par des vues personnelles ^ s’appliquent 
sans cesse à étouffer l’esprit public et les 
élans du patriotisme en les calomniant ; gens 
dont le système paroît être d’échapper à tous 
les principes , par des exceptions , par des 
circonstances, par des sophismes politiques ; 
d’attaquer tous les sentimens droits et géné- 
reux par le reproche d’excès et d’exagéra- 
tion ; de rendre ridicules, s’il étoit possible , 

E 


( 66 ) 

les saintes maximes de l’égalité et de la 
morale publique ; contens si , par quel- 
ques déclamations contre les débats im- 
puissans des aristocrates les plus outrés > 
ils peuvent caclier leur profonde indiffé- 
rence pour la liberté publique et pour le 
bonheur des hommes, et leur dévouement 
secret à tous les abus qui favorisent leur 
ambition particulière. Ce sont ces misérables 
prétentions de la vanité , substituées à la 
seule ambition permise à des hommes libres, 
celle de tarir la source des miseres humai- 
nes en détruisant l’injustice et la tyrannie ; 
ce sont enfin ces projets de loi qui nous sont 
offerts en même-temps par des commissaires 
éternels avec une effrayante précipitation , 
et qui , si nous n’y prenons garde , auront 
rétabli le despotisme et l’aristocratie sous 
des formes et sous des noms différens , avant 
que l’opinion publique ait pu les apprécier 
ni les connoître. 

Gardons-nous, sur-tout, d’adopter le plus 
funeste , peut-être , de tous, en donnant à la 
force publique une constitution qui la ren- 
droit passive et nulle , pour défendre la na- 
tion contre le despotisme ; active , redouta- 
ble , irrésistible , pour servir le despotisme 


( 67 ) 

contre la nation. Ah ! restons inviolablement 
attachés aux seuls principes qui nous convien- 
nent ; régénérons les mœurs publiques , sans 
lesquelles iln’est point de liberté; respectons , 
dans tous les François indistinctement , les 
droits et la dignité du citoyen ; et rendons 
tous les hommes égaux, sous des loix impar- 
tiales, dictées par la justice et par rhuinc-» 
nité. Brisons ces vaines idoles , que le char- 
latanisme et l’intrigue élevent tour-à-tour , et 
qui ne laisseront toutes à leurs adorateurs 
que la honte de les avoir encensées : n’ado- 
rons que la patrie et la vertu. Ne sommes- 
nous pas ces représentans du peuple fran- 
çois qui lui avons juré solemnellement au 
jeu de paume de nous dévouer pour sa cause; 
ces héraults du législateur éternel, qui, en 
affranchissant une nation, par la seule force 
de la raison , dévoient appeller toutes les 
autres à la liberté ! Serions-nous descendus 
à cet excès de foiblësse , que l’on pût, en se 
jouant, nous proposer des fers ? Non , nous 
serons libres du moins , à quelque prix que 
ce soit. Je le suis encore ; je jure de l’être 
toujours ; et si les persécutions des tyrans * 
si les sourdes menées des faux amis de la 
liberté doivent être le prix d’un attachement 

E 2 



( 68 ) 

immortel à l’objet sacré de notre commune 
mission^ je pourrai attester l’humanité et la 
patrie que je les ai méritées. 

Je propose le décret suivant : 

L’assemblée nationale reconnoît : 

I. Que tout homme a le droit d’être armé 
pour sa défense personnelle et pour celle de 
ses semblables. 

II. Que tout citoyen a un droit égal et 
une égale obligation de défendre sa patrie. 

Elle déclare donc que les gardes natio- 
nales qu’elle va organiser ne peuvent être 
que la nation armée pour défendre , au be- 
soin , ses droits , sa liberté et sa sûreté. 

En conséquence elle décrété ce qui suit: 

I. Tout citoyen , âgé de dix-huit ans s 
pourra se faire inscrire en cette qualité dans 
le registre de la commune oh il est domicilié . 

II. Aussi long-temps que la nation entre' 
tiendra des troupes de ligne , aucune partie 
des gardes nationales ne pourra être corn» 
mandée par les chefs ni par les officiers de 
ces troupes* 



( *9 ) 


III. Les troupes de ligne resteront des- 
tinées à combattre les ennemis du dehors ; 
eiles ne pourront jamais être employées 
c antre les citoyens. 

IV. Les gardes nationales seules seront 
employées , soit pour défendre la liberté 
attaquée , soit pour rétablir la tranquillité 
publique troublée au dedans. 

V. Elles ne pourront agir qu’à la réqui- 
sition du corps législatif ou des officiers 
civils nommés par le peuple. 

VI. Les officiers des gardes nationales 
seront élus par les citoyens à la majorité 
des suffrages. 

VII. La durée de leurs fonctions n’excé- 
dera pas six mois. 

VIII. Ils ne pourront être réélus qu’après 
un intervalle de six mois. 

IX. Il n’y aura point de commandant- 
général de district ; mais les commandans 
des sections qui formeront le district en 
exerceront les fonctions à tour de rôle. 

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X. Il en sera de même pour les réunions 
de département dans le cas où elles aur oient 
lieu ; ceux qui feront les fonctions de com- 
mandant de district commanderont le dé- 
parteinent à tour de rôle. 

XL Les officiers des gardes nationales ne 
porteront aucune marque distinctiye hors de 
Jl 1 exercice de leurs fonctions. 

XII. Les gardes nationales seront armées 
£.ux dépens de l’état. 

r XIII. Les gardes nationales qui s’éloigne- 
ront de trois lieues de leurs foyers , ou qui 
emploieront plusieurs journées au service de 
l’état , seront indemnisées par le trésor na- 
tional. 

XIV. Les gardes nationales s’exerceront à 
certains jours de dimanche et de fêtes qui 
seront indiqués par chaque commune. 

XV. Elles se rassembleront tous les ans 
le 14 juillet dans chaque district pour cé- 
lébrer , par des fêtes patriotiques , l’lieu~ 
reuse époque de la révolution. 




XV'I. Elles porteront sur leur poitrine ces 
mots gravés : LE PEUPLE FRANÇOIS , et 
au-dessous : LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRA- 
TERNITÉ. Les mêmes mots seront inscrits 
sur leurs drapeaux , qui porteront les trois 
couleurs de la nation. 

XVII. La maréchaussée sera supprimée; il 
sera établi , dans chaque chef-lieu de dis- 
trict , une compagnie de gardes nationales 
soldée qui en remplira les fonctions , sui- 
vant les loix qui seront faites sur la police , et 
dans laquelle les cavaliers de la maréchaus- 
sée actuellement existans seront incorporés. 

Telles sont les principales dispositions 
d’une organisation de gardes nationales 
adaptée à une constitution libre* 

Mais dans le moment actuel f le salut de 
l’état exige que vous preniez sur le champ 
des mesures provisoires ; je vais proposer 
celles qui me paroissent indispensables. 

Elles se rapportent , en partie , aux obsta- 
cles que nous avons déjà éprouvés à cet 
égard, et que nous devons toujours prévoir ; 
car il y auroit trop de stupidité à se reposer 

E 4 



( 7 2 ) 

de la défense de la liberté sur le même 
parti qui là met en péril, et qui l’a attaquée 
plusieurs fois ouvertement ; il n’y en auroit 
pas moins à croire que l’esprit des cours 
change si facilement. Une confiance si pué- 
rile , loin de convenir à des législateurs en- 
vironnés de tant de piégés , et dépositaires 
des destinées de la nation , ne seroit pas 
meme pardonnable dans un particulier qui 
n’auroit à défendre que des intérêts privés. 
?s mesures seront de deux especes. 

La première consistera à prendre les seuls 
moyens qui nous restent d’obtenir enfin que 
les gardes nationales soient pourvues d’ar- 
mes et de munitions , et l’empire françois 
mis en état de défense. 

La seconde , que je regarde comme la 
us prompte , comme celle qui est le plus 
eu notre pouvoir, et propre à suppléer, en 
grande partie , à la première , est d’avertir 
la nation du danger qui la menace : car si 
le grand art des conspirateurs est de plonger 
les peuples dans une trompeuse sécurité , le 
premier devoir de ceux qui sont chargés de 
veiller sur leur salut est de réveiller leur 
prudence et leur courage. 


( 73 ) 

L’homme le pins courageux est vaincu 
dès qu’il est surpris ; mais celui qui veut être 
libre , à quelque prix que ce soit, trouve des 
ressources inconnues , dès qu’il a pu prévoir 
les attaques de la tyrannie. 

C’est dans cet esprit que je propose le pio- 
jet de décret suivante 

L'assemblée nationale décrété : 

I . Qu’aussi-tôt après la publication du pré- 
sent décret , les municipalités des lieux où 
se trouvent les arsenaux de la nation s’y 
transporteront pour constater la véritable 
quantité d’armes qu’ils renferment. 

IL Que toutes ces armes seront distribuées 
aussi-tôt aux gardes nationales qui en man- 
quent , à commencer par celles des départe- 
mens des frontières. 

III. Il leur sera distribué de même la 
quantité de poudre et de balles dont elles 
auront besoin. 

IV. Pour assurer l’exécution des précé- 
cédens articles , le ministre de la guerre 
sera tenu de justifier incessamment à l’as- 



( 74 ) 

semblée nationale de la distribution et de 
Femploi qu’il en aura faits. 


V. Il sera tenu pareillement de rendre 
compte dans trois jours , à compter du pré** 
sent décret, des mesures qui ont été prises 
jusqnes ici pour l’exécution du décret de 
rassemblée , qui ordonne la distribution de 
cent cinquante mille fusils^ 

VI. Indépendamment de cette distribu- 
tion , on continuera de fabriquer de nom 
velles armes , avec la plus grande activité 9 
dans toutes les fabriques de la France , les- 
quelles seront aussi distribuées. 

VII. Le ministre de la guerre sera tenu de 
rendre compte , de huitaine en huitaine , à 
l’assemblée nationale de l’état de ces tra- 
vaux et de ces distributions. 

VIII. Les gardes nationales sont invitées 
à adresser à l’assemblée toutes les réclama- 
tions qu’elles pourroient avoir à former , 
relativement à l’exécution de ces mesures. 

IX. L’assemblé nationale nommera un 
comité de quatre personnes spécialement 




I 


( 75 ) 

chargées de surveiller cette exécution, et 
de lui faire le rapport de toutes les récla- 
mations. 

X. L’assemblée nationale invite tous les 
citoyens à lui dénoncer tous les transports 
frauduleux d’armes qui auroient pu être di- 
yerties des arsenaux publics. 

XI. Elle défend toute exportation d’armes 
de France dans les pays étrangers , sous 
peine , par les contrevenans , d’être pour- 
suivis comme criminels de leze-nation (1). 

XII. Elle décrété que les gardes na- 
tionales qui ont été dissoutes en tout 
ou en partie (2) , notamment dans les 


(1) Il est bon que l’assemblée nationale se rappelle ici 
que plusieurs fois des municipalités , animées d’un pa- 
triotisme louable , avoient saisi des armes que l’on 
transportoit en pays étrangers : mais alors on surprit sa 
religion en l’engageant à en permettre l’exportation , 
sous le prétexte de la liberté du commerce. Les circons- 
tances actuelles, le prétexte peut-être aussi artificieux de 
la disette d’armes que l’on nous objecte aujourd’hui, 
doit nous rendre un peu défians. 

(a) Ces évéaemens ont eu lieu en partie par le des- 



( ) 

departemens des provinces frontières , se- 
ront rétablies aussi-tut après la publication 
du présent décret. 

XIII. Elle ordonne que son comité diplo- 
matique lui rendra compte enfin , dans trois 
jours,, de ce qu’il a fait pour remplir la mis- 
sion dont elle l’a chargé ; et qu’il lui com- 
muniquera toute/; les connaissances qu’il a 
dû acquérir sur les dispositions et la si- 
tuation des puissances étrangères à notre 
égard. 

XIV. Elle ordonne que le ministre des 
affaires étrangères lui rendra dans le même 
délai le même compte , pour ce qui le con- 
cerne , et remettra sous ses yeux sa corres- 
pondance avec les cours étrangères et avec 
nos ministres dans ces cours. 


XV. Que le rapport soit du comité diplo- 
matique 7 soit du ministre , sera livré aussi- 


potisme des municipalités , en partie par les conseils 
perfides des ennemis déguisés de la constitution. On en 
a vu des exemples , en particulier , dans le département 
du nord , et on assure que le commandant à Valenciennes 
y a eu quelque part. 





( 77 ) 

tôt à rimpression , pour être soumis à l’exa- 
men des membres de l’assemblée et à l’opi- 
nion publique , et qu’il sera discuté , trois 
jours après, dans l’assemblée. 

XVI. Que les ambassadeurs et envoyés 
de France dans les cours étrangères seront 
rappellés pour être remplacés , s’il y a lieu , 
par de nouveaux agens du choix de la 
nation. 

XVII. Les régimens allemands que l’on 
a rassemblés sur nos frontières seront retirés 
et remplacés par des régimens françois , 
notamment par ceux qui , dans la révolu- 
tion , ont eu occasion de signaler par des 
faits particuliers le patriotisme qui a distin- 
gué tous les soldats françois. 

XVIII. Tous les soldats qui , depuis le 14 
juillet , ont été congédiés avec des cartou- 
ches jaunes , ou par des ordres arbitraires, 
seront rassemblés ; et il en sera formé de 
nouveaux régimens , afin qu’ils jouissent 
de l’honneur de défendre la patrie pour la 
quelle ils ont été dignes de souffrir. 

L’assemblée nationale avertit toutes les 



( 78 ) 

municipalités, tous les corps administratifs, 
tous les citoyens , de veiller au salut de la 
patrie , et de se préparer à s’unir pour dé- 
fendre au besoin la liberté qu’ils ont con- 
quise.